Rue du Lac n°6 : on a retrouvé la porte Art nouveau !

L’état d’une maison Art nouveau du quartier des Étangs d’Ixelles inquiète les amoureux du patrimoine depuis des années. Classé depuis 2003, l’édifice situé rue du Lac n°6 fut dessiné par le célèbre architecte Ernest Delune entre 1883 et 1902.

Aujourd’hui, vu de l’extérieur, cet immeuble emblématique ne paye malheureusement plus de mine : le bien est inoccupé, la magnifique porte ouvragée a été remplacée par une planche en bois, les châssis sont abîmés… Rien ne semble bouger. Les voisins s’interrogent.

Après investigations auprès de la Direction du Patrimoine Culturel de la Région bruxelloise, du maître d’ouvrage et de l’architecte, les nouvelles sont plutôt rassurantes.

Une maison emblématique de l’Art nouveau

Il s’agit d’une réalisation du célèbre architecte Ernest Delune, connu notamment pour être l’architecte de la Villa Le Château (86, rue Franklin Roosevelt).

L’édifice a la particularité d’avoir été construit en deux phases et donc de posséder deux façades très différentes. Une première moitié de maison, de style éclectique, fut construite en 1893, sa façade donne sur la rue de la Vallée n°5. La seconde moitié, de style art nouveau, érigée en 1902, la plus originale, donne sur le n°6 rue du Lac.

Côté rue du Lac, la maison comporte une cage d’escalier (art nouveau) monumentale en façade, courant le long d’un très grand vitrail, occupant une grande partie de la façade, composé sur le thème floral de la Pensée.

L’immeuble qui comporte à la fois une habitation et un atelier d’artiste, fut occupé longtemps par le maître verrier autrichien Clas Grüner qui a probablement collaboré avec Delune à l’élaboration des vitraux.

Mais où est passée la porte ?

Après contact auprès de la Direction du Patrimoine Culturel de la Région bruxelloise, du Maître d’ouvrage et du bureau Atelier d’Architecture du Congrès, voici l’état de la situation :

  • Les propriétaires effectuent des travaux à l’intérieur sous le contrôle attentif de Bruxelles Patrimoine Culturel, suivant l’avis conforme de la CRMS du 24 août 2016.
  • La porte d’entrée rue du Lac a été restaurée par la menuiserie MAM. Elle doit encore retrouver son vernis d’origine. Elle devrait être reposée au mois de juin.
  • Les toitures seront rénovées : de nouvelles tuiles de modèle traditionnel seront remises sur une isolation.
  • Les châssis seront déjà restaurés et remis dans leurs finitions d’origine.

Une maison classée habitable

Le projet consiste principalement à rénover les pièces intérieures de façon à les rendre habitables au plus vite, en ce compris la reconstruction de l’ancienne cage d’escalier de la rue de la Vallée (à ne pas confondre avec l’escalier art nouveau rue du Lac) sur base du modèle de l’escalier de la maison voisine, rue de la Vallée, construite exactement à la même époque et aussi par Delune.

Les propriétaires devraient emménager en octobre. La maison ne sera donc plus vide. Par contre, les phases ultérieures de restauration (dont la restauration de la cage d’escalier art nouveau rue du Lac) seront étalées dans le temps pour des raisons budgétaires, certaines subventions régionales devant encore être liquidées.

L’architecte chargé de la rénovation nous précise que dans l’attente du démarrage de la phase II, les châssis restaurés recevront une couche protectrice complémentaire et un dispositif anti-pigeon sera mis en place sous la corniche et le bow-window côté rue du Lac. En effet, pour reprendre l’expression de l’architecte, « la large corniche sert de piste d’atterrissage aux pigeons… ». 

Le classement n’est jamais une garantie absolue de sauvegarde

Ce n’est pas parce qu’un bien est classé que sa sauvegarde est garantie. Certes, il est interdit de le démolir ou le transformer radicalement. Mais si un propriétaire rencontre des difficultés pour l’entretenir ou si une succession s’avère conflictuelle, l’immeuble peut rester de nombreuses années à l’abandon et se dégrader dangereusement. Nous avons connu le cas à Ixelles dans un passé récent avec les emblématiques  INR, place Flagey et Hôtel Ciamberlani rue Defacqz ou encore aujourd’hui rue Faider (nous y reviendrons, de bonnes nouvelles sont en perspective).

Dans ces cas de figure d’abandon, il appartient aux pouvoirs publics d’imposer, voire de prendre d’office, les mesures conservatoires de protection minimales (par exemple réparer une toiture pour éviter les infiltrations d’eau). C’est la responsabilité notamment de la Direction du Patrimoine Culturel (Monuments et Sites). De son côté, l’Échevinat du Patrimoine d’Ixelles reste attentif à l’état du bâti et prendra toutes les initiatives nécessaire à la sauvegarde des immeubles remarquables.

Notes :

  • En italique : les extraits du permis d’urbanisme
  • photos extérieur (c) Yves Rouyet (sauf porte d’origine (c) AAC)
  • photos intérieur (c) Atelier d’Architecture du Congrès
  • notice de l’inventaire du patrimoine

 

 

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